BLAGOVECHTCHENSK dans LE MONDE
Par Olga le lundi, 19 novembre 2007, 23:03 - C'est nous! - Lien permanent
Il arrive des fois qu'on parle de nous dans les masse médias français. Et dans la plupart des cas c'est grâce a notre fameux voisinage avec la Chine. Cet article a paru dans "Le Monde" le 18 octobre 2007.
«Échange de bons procédés à la frontière sino-russe»
Travailleurs migrants et commerçants traversent par milliers les rives du
fleuve Amour
HEIHE (Chine) et BLAGOVESCHENSK (Russie),
ENVOYÉ SPÉCIAL
A l'arrivée du ferry qui relie, par-delà le fleuve Amour, la ville chinoise de Heihe à Blagoveschensk en Russie, Wang Bo, 23 ans, empoigne les paquets et cartons qu'il a emportés avec lui. Originaire d'un village près de Har-bin, où vivent ses parents, il traverse régulièrement la frontière. Depuis un an, il travaille sur le marché de Blagoveschensk pour un commerçant chinois installé en Russie depuis 1996. «Ce n'est pas si facile défaire de la marge. Les Russes ont de l'argent un jour, le lendemain, ils ne mangent que du pain ! La police n'est pas tendre, et puis le logement coûte cher, 10 000 roubles (environ 280 euros) la chambre, qu'on partage à trois », dit-il. Retourner en Chine ? «Je veux d'abord faire assez d'argent, après je verrai. En Chine, c'est dur, ilyatrop de monde ! »
Aux bons soins des touristes
La province chinoise du Heilon-gjiang, qui délimite la frontière entre les deux pays, compte 39 millions d'habitants. Au total, 109 millions de personnes vivent dans le Dongbei, le nord-est de la Chine, une région d'industrie lourde où les chômeurs sont nombreux. L'Extrême-Orient russe, lui, est peuplé d'à peine 7 millions d'habitants. A Blagoveschensk, 220 000 habitants, on croise des Chinois au marché, dans les cuisines des restaurants, les galeries marchandes et les fast-foods asiatiques en nombre croissant. Pour faire venir leurs marchandises depuis l'autre côté de la frontière, les commerçants chinois recourent souvent aux bons soins des touristes russes, qui peuvent se rendre à Heihe sans visa et ont droit à 35 kg en détaxe au retour. Ce service leur est payé environ 5 euros par kilo. Début 2007, ce trafic frontalier où chacun trouve son compte a failli être compromis : la Russie avait décrété qu'à partir du 1er avril les vendeurs des marchés en plein air devaient tous être russes. De crainte que l'économie locale n'en souffre, on a trouvé, semble-t-il, des arrangements. Une halle est même en construction pour abriter les marchands chinois !
«C'a toujours été compliqué pour les commerçants chinois, et ça continue de l'être. La campagne d'expulsion aes étrangers des marchés russes a été décidée au niveau national. Localement, c'est plus laxiste », explique, côté chinois, Xia Zhon-gwei, un haut responsable du gouvernement local à Heihe. Le moment était mal choisi: 2007 a été désignée l'Année de la Chine en Russie et, à Heihe, les autorités viennent d'organiser un forum sur le thème « une ville, deux pays». Le projet d'un pont (600 mètres séparent les deux rives du fleuve) a été relancé : «C'est une très vieille idée, et j'ai l'espoir que cette fois ça va démarrer. Il y a des incertitudes côté russe, ils ont des problèmes budgétaires », soupire M. Xia.
A Heihe, une nouvelle rue piétonne
a vu le jour, des quartiers entiers d'immeubles sont en construction et les
magasins, dont les enseignes sont traduites en cyrillique, pullulent. Il faut
dire que chaque jour, été comme hiver, de 2 000 à 3 000 Russes, et jusqu'à 6
000 le week-end, traversent le fleuve pour y faire leurs emplettes et festoyer
dans les restaurants. La ville chinoise est tout entière dévolue à l'accueil de
cette clientèle, qui peut aussi aller visiter Harbin, la capitale du
Heilongjiang, ou passer ses vacances sur les plages de Qingdao ou de l'île de
Hainan. A Heihe, nombre des nouveaux commerçants viennent de régions plus
riches, comme le Zhejiang, au sud de Shanghaï, berceau du petit
commerce. La construction est aux mains de
la société Hua Fu, qui construit aussi une tour à Blagoveschensk. Son patron,
originaire du Fujian, est arrivé à Heihe comme menuisier.
Les paysans chinois de l'arrière-pays vont s'employer de l'autre côté du fleuve dans l'agriculture sur des chantiers ou des briqueteries. Des entrepreneurs chinois y montent des affaires, parfois en association avec des Russes, et font venir la main-d'œuvre. Un exode que le gouvernement local encourage : il aide ses ressortissants à affronter les démarches administratives imposées par les Russes. «Les administrations de Heihe et Blagoveschensk ont un accord cadre selon lequel les Russes accueillent des paysans chinois. Des entrepreneurs prives montent des projets, à eux de les rentabiliser. Toutes les régions frontalières envoient des gens en Russie. Les habitants ici sont pauvres, et s'ils peuvent gagner davantage d'argent, c'est bien pour tout le monde», explique Li Weibo, le responsable de l'agriculture au gouvernement de Heihe.
Les employés chinois doivent avoir des visas et des permis de travail d'un an. Ils sont payés de 100 à 300 euros par mois, le triple du revenu d'un paysan à Heihe. Les patrons chinois, notamment ceux qui ont des serres, font des profits plus importants. D'après M. Li, quelque 5 000 Chinois de la préfecture de Heihe sont partis en Russie cette saison, tandis que l'oblast (région) de l'Amour aurait alloué aux Chinois de Heihe 42 000 hectares en 2007. "Les Russes ont 700 000 hectares en jachères et comptent en défricher 1,4 million. Ils souhaitent que le nombre de Chinois qui partent travailler là-bas s'accroisse vite, et nous aussi !", conclut, pragmatique, le fonctionnaire.
BRICE PEDROLETTI
Commentaires
Une fois de plus tu partages avec nous un super article. Toutes mes felicitations.
This article is very interesting. Thank you very much for sharing .